Je suis dans le train en train de lire La pluie, avant qu'elle tombe, le dernier Jonathan Coe (obsessionnelle, oui) et je viens de me rendre compte d'une chose : depuis que j'ai commencé ce blog, je ne me suis jamais adressée à toi, l'enfant que j'aurai un jour. Pourtant, ce blog s'appelle "How I Really Met Your Father", et en dehors d'être une référence à une série que tu ne connaîtras probablement jamais, sa fonction est censée être plutôt claire : te raconter comment je suis devenue la femme qui a rencontré ton père et t'a conçu de façon (rayer les mentions inutiles) : romantique/rapide/stupide/amoureuse/alcoolisée/profondément souhaitée et attendue/accidentelle. Ok, mais comment te parler, toi, futur enfant conçu ? Qui seras-tu ? (et est-ce que tu auras sérieusement envie de lire mes conneries ?).Déjà, rien qu'en évoquant cela, un problème se pose : je dis conçu, je pourrais dire conçue. Je ne vois pas l'avenir, et même si j'ai un fort pressentiment qui veut que mon premier enfant sera une fille, je ne peux évidemment pas en être sûre – si tu étais un garçon, je devrais te parler différemment ? Si tu es une fille, comme moi a priori, est-ce que je m'adresserai plus facilement à toi ? Est-ce que tu comprendras mieux ma démarche ? Les femmes de ma famille ont une fâcheuse tendance à faire des filles en premier, ce qui me conforte dans l'idée que tu en seras potentiellement une. Il faut que je pense à utiliser le féminin donc (et à te parler de toutes les fringues que je t'interdis de jeter quand tu les récupèreras).
Comme je viens de te le dire, chez nous, on fait des filles. Des filles uniques de surcroît, ce qui m'amène à mon deuxième point : tu n'es peut-être pas seul(e). Oui, peut-être es-tu entouré(e) de frères et soeurs bruyants qui te harcèlent pour lire aussi ce que j'ai écrit sur l'Internet à l'époque où l'on ne communiquait pas encore par télépathie (ça se tente). Je doute vraiment que votre nombre dépasse le chiffre 3, mais on ne sait jamais, prise dans l'euphorie d'avoir déjà donné naissance à trois splendides et merveilleux enfants qui ne pleurent pas, font leurs nuits et ne font jamais caca, j'aurai peut-être continué sur ma lancée et conçu 2, 4 ou 7 autres mômes jusqu'à avoir une famille plus nombreuse qu'Angelina Jolie (est-ce qu'elle est toujours avec Brad Pitt d'ailleurs? Est-ce qu'elle est vieille et ridée?). Je vais donc dire "vous" sans plus de précision, à vous de vous débrouiller avec ça – rappelez-vous seulement que celui qui crie le plus fort à raison.
Est-ce que j'ai dit "donné naissance"? Merde. Je suis aussi obligée de parer à cette éventualité là : les ovaires sont des organes farceurs et je ne vous parle même pas de l'utérus, donc la possibilité que je ne vous aurais pas à proprement parlé "conçus" est à prendre en compte pour m'adresser à vous – le "father" en question devenant alors l'homme avec lequel je vous aurai adopté et non votre père biologique.
En parlant de père, la dernière probabilité est que vous n'ayez pas le même. Je peux éventuellement décider de consacrer ce blog à toi, enfant n°1, puis d'en ouvrir d'autres par la suite intitulé "How I Really Met Your Step-Father" ou "How I Really Met Your Brother/Sister's Father". Ceci dit, ça sera rapidement le bordel, et je crois que la meilleur façon de mener cette démarche à bien est de consacrer ce blog à vous tous et de le continuer jusqu'à la ménopause, où, a priori (la science fera peut-être des miracles dans 20 ans, méfions-nous), je ne pourrais plus avoir d'autres enfants, et vous, plus de nouveaux beaux-pères.
Oh, j'oublie une dernière possibilité : vous n'aurez peut-être pas de père adoptif – c'est triste, je sais, mais c'est la vie - et je vous aurai conçus par insémination artificielle ou adoptés seule. Dans ce cas, merci de corriger le titre du blog par "How I Never Really Met Your Father" – je vous en serai reconnaissante, les codes d'accès sont dans la boîte à farine au dessus de l'évier. J'étais une fille géniale, ce sont ces benêts de garçons qui n'ont pas su le voir.
PS : non, votre père ne sera pas le Canadien de l'autre fois. Par contre, je ne dis pas non pour l'homme-sandwich : il ne sait pas prendre une commande, mais j'aimerais bien que l'un de vous ait ses yeux.
2 commentaires:
sinon, scoop, Brad et Angelina, c'est fini.
j'ai bien ris!
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