Evil ex est devenu un chouette type. Qui l'eût cru ? Pas moi, en premier lieu, puisque rappelons-le, cette saloperie est le mec qui m'a brisé le cœur en milliards de morceaux quand j'étais encore jeune, frêle et fragile ( = quand je n'avais niqué aucun mec à part lui). Et pourtant, chaque fois que l'on se revoit, je dois reconnaître que je suis surprise de constater que le bonhomme comprend peu à peu qu'il ne peut pas continuer à traiter les meufs de la même façon qu'il m'a traitée (ainsi que ses autres nanas après moi – lesquelles ont invariablement fini en larmes dans MES bras, car oui, je console les ex de mon ex qui se débrouille toujours pour que je sois la Copine Compatissante pour ses meufs). Bref, j'ai grandi, il a grandi aussi, c'est plutôt rassurant. Je suis un peu fière de voir que mes commentaires cyniques sur sa vie amoureuse ont portés leurs fruits. Et que rien n'est finalement perdu dans la vie. On a passé 4h dans la même voiture l'autre jour et sais-tu ce qui est arrivé ? Et ben on a parlé de cul. Attention, je te vois venir Enfant : non, Evil Ex n'est pas ton père. Aucun doute là-dessus, sa bite ne verra plus jamais ne serait-ce que le début d'un de mes poils pubiens. C'est impossible parce qu'Evil Ex me fait aujourd'hui autant d'effet qu'un plat de graines de soja et qu'il a les mêmes sourcils qu'Emmanuel Chain (et oui, j'étais jeune, frêle, fragile et aveugle). Non, la conversation a simplement dérivée sur ce sujet parce que c'était un peu le seul truc sur lequel on s'entendait à l'époque.
On a donc parlé de cul, et pas n'importe quel cul : le nôtre. Il faut savoir un truc : Evil Ex m'a dépucelée, certes, mais Evil Ex est aussi le seul type avec lequel j'ai eu une sexualité franchement décadente – et je suis sympa en disant "décadente", le mot le plus adéquat se situe plutôt entre "tordu", "malsain" et "n'importe quoi". Oui, Evil Ex et moi étions ce qu'on appelle entre nous, faute d'expression plus appropriée, des "no limit" : pas de gardes-fous, pas d'expérience donc pas de repère, pas de complexe et surtout, une fascination commune pour le cul qui date de notre plus jeune âge (et quand je dis "jeune âge", j'entends 10-11 ans hein – oui je sais c'est chelou).
Sans rentrer dans les détails, on a commencé notre vie sexuelle ensemble, on a peu près fait tout ce qu'il était possible de faire sans finir à l'hôpital ou en prison, et on a, à l'époque, trouvé ça tout à fait normal. Or, quand on s'est quitté et qu'on a chacun continué notre vie sexuelle de notre côté, je me suis rendue compte que la nôtre n'était pas franchement "normale". Au départ, j'ai cru que je ne tombais que sur des types coincés, mais au fur et à mesure, j'ai compris que c'était moi la déglingos : en un mot, je pense que je faisais flipper mes mecs parce que je me comportais au pieu comme j'avais appris à me comporter avec Evil Ex, comme je croyais qu'on pouvais toujours se comporter au lit avec quelqu'un, c'est-à-dire comme une sauvage.
J'ai alors réalisé qu'Evil Ex et moi étions peut-être allés très (trop ?) loin et que c'était un peu bizarre d'avoir commencé ma vie sexuelle par la fin, par des choses que tu ne fais que lorsque tu as déjà fait le tour de tous les trucs de bases et que tu t'emmerdes sévère avec ton mari de 58 ans. Nous, on en avait à peine 16.
Mais revenons dans la voiture un instant, puisque c'est là que mon propos prend tout son sens : Evil Ex et moi n'avions jamais reparlé de tout ça. En fait, on n'en avait même jamais parlé tout court puisqu'à l'époque où on était encore ensemble, on ne se posait pas vraiment la question de savoir si notre sexualité était dans la norme ou pas – ça ne nous venait même pas à l'esprit qu'elle puisse être bizarre puisqu'on s'entraînait mutuellement dans les conneries. Sur la route, il m'a donc avoué que lui aussi avait réalisé tout ça après, qu'il s'était retrouvé dans des situations plutôt cocasses/embarrassantes à cause de ça, et surtout, qu'il n'avait jamais retrouvé cette connivence là avec qui que ce soit (et je vous jure qu'Evil Ex a niqué dans les 76% de la population féminine de France).
Entendons-nous : Evil Ex ne parlait pas de plaisir. J'espère pour lui qu'il a retrouvé ça et quand je dis que nous étions des sauvages au pieu ensemble, ça ne fait pas du tout de nous ce que l'on appelle communément des "bons coups". Il parlait bel et bien de connivence sexuelle, de totale harmonie dans le no limit, dans le n'importe quoi, dans le malsain, dans le trop. Ce genre de relation où tu ne te demandes pas une seconde si faire tel ou tel truc absurde au lit va inquiéter l'autre. Celle où tu ne te poses pas la question de savoir si tu as l'air ridicule ou complètement maboule. Celle où tout va de soi, où rien n'est anormal, où tu fais les choses jusqu'à ce que l'autre dise non – et qui ne dit mot consens hein.
J'ai bien été obligée de lui avouer que moi non plus. Je n'ai, certes, pas niqué autant de types que lui de filles ces dix dernières années, mais je n'ai pas niqué que des parpaings (coucou les gars, ça va ?) et pourtant, je n'ai jamais réussi à retrouver un mec qui me suivrait comme lui les yeux fermés. Je n'ai jamais senti que je pouvais faire tout ce que j'ai fait avec Evil Ex sans passer pour une dingo. Et lui pareil.
On a beaucoup rigolé sur le trajet parce qu'on s'est évidemment remémoré un paquet de trucs inavouables que seulement lui et moi savons. Des trucs que je n'ai jamais raconté à qui que ce soit tellement je crèverai de honte si je le faisais. On s'est regardé en coin, comme si on venait de se confier le truc le plus cool de la terre et le tout, j'insiste, sans aucune tension sexuelle. Ça m'a rassurée de voir que je n'ai pas été la seule à me sentir complètement décalée, à m'être sérieusement posée la question "est-ce que je suis normale ? ", à avoir presque regretté d'avoir eu une vie sexuelle d'adultes qui inventent n'importe quoi pour ne plus se faire chier au pieu alors qu'on n'était finalement que des gamins, d'avoir senti de l'ennui là où tout le monde aurait vu une sexualité épanouissante. C'est marrant parce que je ne me suis pas sentie aussi proche de lui depuis dix ans alors que je l'ai haï de toutes mes forces pendant des années. Ça faisait très longtemps que je n'avais pas eu le sentiment de partager un affreux secret avec quelqu'un.
Sans transition aucune, mais toujours sur le thème de ma vie, mon vagin, j'ai revu Celui qui s'enfuyait sans prévenir. Résumé des épisodes précédents : roulage de pelles > nuit à se chauffer + règles > frustration > lui convaincu que moi vouloir mariage et enfants > fuite. Il se trouve que Bonnard 1er (appelons-le comme ça parce qu'il est tout simplement "trop bonnard" comme disaient les gens en 94 et que s'il file un mauvais coton, il n'y aura qu'à changer une lettre pour lui trouver un nom plus adapté) est un ami d'ami. On s'était donc déjà revu, mais, alors qu'il s'approchait un peu trop de moi et de mes hormones, je n'avais pas daigné lui donner le moindre signe concernant mon état proche de l'implosion.
Or ce weekend, Bonnard 1er, nos amis communs et moi-même sommes allés à un concert tous ensemble. Comme j'ai tendance à l'oublier, Bonnard 1er a voulu me rappeler à quel point il était beau en se pointant avec son sourire plein de dents et de fossettes. Oui, concrètement, Bonnard 1er est ce qu'on appelle une putain de grosse bonne. Ce genre de type qui fait l'unanimité chez 99% des meufs qui le connaissent. Il a donc énormément souri, énormément fait de blagues (humour > ma culotte) et énormément montré qu'il était beau même avec du gel dans les cheveux. Bref, passé un certain nombre d'heure et un certain nombre de vodka, j'ai décidé qu'il fallait peut-être qu'on finisse par se choper.
Après 15 minutes de pré-chauffe, alors que je sentais les derniers remparts de Bonnard 1er céder, il a, contre toutes attentes, prononcé le classique, mais non moins énervant : "j'en crève d'envie mais là je peux vraiment pas", le "peux vraiment pas" faisant référence au fait qu'il a comme qui dirait une meuf maintenant (et que même s'ils en sont à leur 23ème séparation en 6 mois, ils sont quand même ensemble sur le papier). J'ai longuement hésité. J'ai failli passer en mode kamikaze, et puis je me suis ravisée parce que, comme dirait la pub Maaf, "je l'aurai un jour".
Il m'a pris dans ses bras, m'a fait tout un paquet de bisous (je veux pas de bisou, je veux sa bite). Je lui ai dit d'ailleurs histoire que les choses soient claires, ainsi que "tu sais que ça va arriver un jour et que ce jour là, tu vas prendre cher?". Il a hoché la tête avec un sourire entendu (toujours plein de dents et de fossettes). Depuis, je suis une boule de frustration sans nom prête à bondir avec une hache sur la prochaine personne qui me parle de fidélité et sur Celui qui me transforme en loup de Tex Avery accessoirement parce qu'il est toujours dans les parages, qu'il s'avère bien être un sale type mais qu'il est toujours aussi joli et qu'il a l'air de prendre moyen le fait que je le considère désormais comme mon meilleur ami gay (technique n°74). La bonne nouvelle, c'est que je revois Bonnard 1er dans quinze jours à une fête. Avec un peu de chance, ce sera la sienne (pardon aux familles pour ce jeu de mots douteux, j'avais pas de chute).
4 commentaires:
"Meuf, j'te kif" et j'attends la suite avec impatience.
Madame. Vous êtes une grande malade. J'aime beaucoup.
Par contre. Il m'est difficile de croire ceci :
"et qu'il a les mêmes sourcils qu'Emmanuel Chain"
(et je vous jure qu'Evil Ex a niqué dans les 76% de la population féminine de France)
Im-po-ssi-ble.
toooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooop !! je suis fan
encore !!!!!
tiens, j'ai envie de devenir une lectrice assidue.
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